La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 13 juin 2017

En fait je regardais à côté, et c’est comme ça que je suis mort, bêtement.

Benoît Guillaume, De la fenêtre, le trompe-l’œil, 2006, édité à la Cinquième couche.

Ce petit album au dessin délicat raconte d’une façon poétique la transformation d’un quartier en ville. Un quartier pauvre, habité par des gens venus d’un peu partout, avec des immeubles branlants, des plafonds qui s’écaillent et des fourmis, où tout est à peu détruit et reconstruit. Nous suivons le récit via deux personnages : Bertrand un agent immobilier, conquis par le quartier, qui cache la misère avec des plantes et Marion, sa compagne, qui se rend compte du processus inéluctable.


L’album est peu contaminé par la problématique sociale, et choisit de s’inscrire dans une veine poétique et mélancolique. Le dessin est en deux couleurs et superpose les traits noirs et les traits verts, comme si les personnages pouvaient déjà être les fantômes d’eux-mêmes. C’est assez perturbant. Ici, rien n’est simple. Bertrand est bien sympathique, mais totalement naïf. Les plantes sont belles, mais dangereuses. Les dessins sont des évocations destinées à tromper et à embellir… L’album s’intéresse à ce moment intermédiaire, où les anciens immeubles sont progressivement vidés de leurs habitants, où l’électricité est coupée, où les commerces s’en vont, mais où les nouveaux édifices ne sont pas encore bâtis. Cette étape de friche où la nature semble tout envahir, pour le pire et le meilleur, un moment provisoire dans la ville.








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