Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !

Paul Valéry

mercredi 8 janvier 2014

Médée


Pier Paolo Pasolini, Médée, film de 1969.

Étape presque obligée de ce challenge Médée, le film de Pasolini avec Maria Callas.

La première vedette du film, ce sont les décors et les costumes. C’est ce dont je me rappelais le mieux, ils donnent une ambiance particulière à chacune des étapes du récit. Notons que c’est aussi une des rares versions qui nous montre l’histoire en son entier, depuis la conquête de la Toison d’or jusqu’à la catastrophe finale.
La Colchide est un monde rural, filmé en Cappadoce, imprégné de l’Orient ancien, chrétien ou musulman. Pasolini est visiblement intéressé par cette possibilité de créer un ensemble de croyances primitives. Les costumes et les bijoux sont aux couleurs de la terre et les rites sanglants permettent de régénérer les cultures et la collectivité. Médée y est une prêtresse, prisonnière de costumes empesés et d’un tissu de traditions. Elle se libère en rencontrant Jason, mais erre désormais dans un monde dépourvu de sens. 

Photo provenant du site DVD classik qui contient un article de Leo Soesanto

Jason et ses compagnons sont une bande de jeunes hommes vivant de rapines, venus conquérir les chevaux et du butin, sur un simple radeau. Pasolini exalte l’amitié virile, la fraternité entre compagnons. Ils ont soif de pouvoir et de puissance. Jason, incarné par un jeune sportif, est un jeune homme souriant, sûr de lui, plein d’assurance et d’insolence.

Corinthe est une ville italienne (les scènes ont été tournées à Pise), lumineuse et quadrillée par une architecture de pierre. Contrairement aux pièces de théâtre, le film ne contient pas de longues tirades ou d’imprécations, place est faite à la musique (chaque monde possédant son propre son), aux silences et aux regards.

Maria Callas donne à Médée une dignité et une fureur, également une angoisse et une attente face à Jason. J’ai tendance à imaginer une Médée plus jeune qu’elle n’est et peut-être moins hiératique. Elle parle très peu, mais chacun de ses gestes est plein de précision. Pasolini n’en fait pas réellement une magicienne aux pouvoirs surnaturels (sinon dans des visions*). Ce n’est rien que l’opposition entre deux civilisations et une passion furieuse.

C’est un film plein de mystère et de nostalgie pour les mondes anciens, aux images somptueuses, à la lumière et au coloris très soignés.

* À l’exception notable d’un centaure.

Merci ma frangine pour ce DVD. Compte pour le challenge Médée et le viaggio.



1 commentaire:

  1. des images magnifiques, peu de mots, mais beaucoup de force!
    Bonne journée!

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