La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 23 octobre 2017

Incendions ce grand dadais transi.

Victor Hugo, La Forêt mouillée, 1854.

Un intermède théâtral (mais qu’avait fumé Hugo ?). Dans une campagne jardin, un homme se réjouit ou se lamente de ne pas aimer. Il pontifie. Pendant ce temps, les plantes et les animaux butinent, s’amusent, s’aiment, gazouillent et décident de se débarrasser du lourdaud. On est donc dans une aimable fantaisie, qui se moque des grands hommes et de leurs mélodrames, qui offre un contrepoint taquin au théâtre romantique et à ses grandes tirades. C’est très mimi, cela ferait un joli dessin animé.
Mention spéciale au moineau qui ressemble furieusement à Gavroche.
Chagall, Amants dans le lilas, 1930, NY Met.

Toutes les tiges se penchent pêle-mêle les unes vers les autres. Le vent va et vient. Les oiseaux, les papillons, les mouches vont et viennent. Les vers de terre se dressent hors de leurs trous comme en proie à un rut mystérieux. Les parfums et les rayons se baisent. Le soleil fait dans les massifs d’arbres tous les verts possibles.
(...)

Les frelons, chantant.
À bas Socrate, Épicure,
Shakespeare, Geluck, Raphaël !
À bas l’astre ! À bas le ciel !
Vivent la bave et le fiel,
L’ombre obscure,
La piqûre
Sans le miel !

Le moineau
À bas les noirs frelons avec leurs voix d’eunuques !

Lecture commune organisée par Claudia Lucia dans le cadre de son défi hugolien. L'avis de Claudia Lucia (mais qu'elle est sévère avec Victor !) et de Margotte.


samedi 21 octobre 2017

Gouttes de sang sur fond blanc

En l'honneur du mois de la sorcellerie, promu par Sylvie, je nomme cette recette parfaitement inoffensive "Gouttes de sang sur fond blanc" à cause des couleurs des principaux ingrédients. Cela fera très bien sur votre menu maléfique (et il n'y a pas d'ail, vous pouvez en servir aux vampires).

Gouttes de sang sur fond blanc, ou plus communément : Tartare de cabillaud aux figues

C’est censé être une entrée, mais ça fait un bon petit plat rafraîchissant (plutôt pour le mois de septembre, j’ai du retard dans ma publication).
Le journal donne les quantités pour 6 personnes.

400 g de dos de cabillaud*
1 oignon rouge
1 citron vert bio
6 figues (voire plus)
du cerfeuil
piment d’Espelette, huile d’olive



Coupez le poisson en morceaux. Émincez finement l’oignon. Mélangez oignon et poisson dans un saladier avec le zeste et le jus du citron vert, du piment et de l’huile d’olive. Couvrez et réservez au frais 1 heure. Lavez les figues, épluchez-les et coupez-les en morceaux. Ajoutez figues et cerfeuil dans le saladier et servez.

* Rappelons que cabillaud et morue, c'est pareil.

C’est joli, c’est sain, c’est bon. Mais la figue, ça va avec tout !





jeudi 19 octobre 2017

Allongez le tir amour de vos batteries


Apollinaire, Calligrammes, « Ombre ».

Vous voilà de nouveau près de moi
Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre
L’olive du temps
Souvenirs qui n’en faites plus qu’un
Comme cent fourrures ne font qu’un manteau
Comme ces milliers de blessures ne font qu’un article de journal
Apparence impalpable et sombre qui avez pris
La forme changeante de mon ombre
Un Indien à l’affût pendant l’éternité
Ombre vous rampez près de moi
Mais vous ne m’entendez plus
Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante
Tandis que moi je vous entends je vous vois encore
Destinées
Ombre multiple que le soleil vous garde
Vous qui m’aimez assez pour ne jamais me quitter
Et qui dansez au soleil sans faire de poussière
Ombre encre du soleil
Écriture de ma lumière
Caisson de regrets
Un dieu qui s’humilie